Le Soleil n'était pas encore levé, l'obscurité lèchait encore ici et là les durs murs de pierre de la muraille d' Herzibay la cité reine de l'oasis des confins du désert d' Ars. La cité qu'on disait indestructible, forte, puissante, dressant orgueilleusement ses minarets, symbole de la puissance d'Allah. La ville était riche, elle contrôlait
le passage des échanges commerciaux entre musulmans et les peuples de l'extrême orient. Chaque fût, chaque caisse d'objets, de nourriture, de soie était taxée durement par le gouverneur, qui enfermé dans le palais aux douze toits d'or qui surpomblait la ville, amassait toutes ces redevances scrupuleusement, dans ses coffres. Herzibay l'intouchable, Herzibay « la jamais tombée », crachant aux visages des nomades et des pauvres tributs errantes du désert sa force et sa virilité. Herzibay, bastion de la foi d'Allah dans ces contrées envahit par des centaines de dieux et déesses, Herzibay lançant rageusement ses appels divins, du haut de ces minarets plusieurs fois par jour, à chaque fois comme un défi à ce fourmillement de croyances. Herzibay, rouge au matin,comme un rappel de tout ce sang ayant coulé le long de ses murailles, versé par d' imprudents envahisseurs, jaune brûlante au zénith, si brillante que les yeux se détournent de son éclat trouble, bleue au crépuscule, alors illuminée de l'interieur par tous ces feux de gloire et de fierté. Herzibay ce matin là, si sur encore d'elle même, ne savait pas que son destin allait changer et sa puissance sombrer.
lundi 12 mai 2008
mardi 15 janvier 2008

Cela pouvait lui arriver n’importe où et à n’importe quel moment. Aux instants les plus calmes et détendus de la journée, comme par périodes de stress intense. Dans les grands espaces de nature ou au milieu de l’amoncellement bétoneux des villes. Sans prévenir, toujours insidieusement.
Ce n’était d’abord que le lointain bourdonnement d’une multitude de voix confuses : plaintes, psalmodies ou gémissements. Peu à peu, les voix gagnaient en masse, en épaisseur mais jamais en force. Cela venait, s’éloignait et revenait en vagues lentes. Le reflux portant parfois avec lui des sons s’unissant presque en mots, mais dont le sens au dernier moment se brouillait. Une unique émotion suintait de cette grouillante fumée sonore : la souffrance.
Ces douleurs ne lui appartenaient pas, il en était sûr. Mais d’où venaient elles alors ? Il avait parfois l’impression d’être en présence d’une forme de mémoire collective, les éternels échos des plaintes de l’humanité, un énorme concentré de toutes les formes de souffrances passées et à venir dont chacun possédait en lui les braises.
Un avant goût de l’enfer. Ou peut être bien l’enfer lui même, encore jeune, mais qui avec le temps pousse, pousse et enfin arrivé à maturité, embrume l’âme à jamais.
Une plainte de plus à fermenter au fond de nos cœurs.
dimanche 13 janvier 2008
vendredi 11 janvier 2008
Leurs lèvres s'étaient approchées brutalement, l'appel de la peau, les unes pulpeuses goutant aux autres plus fines mais finement ciselées par le désir et la sensualité. A chaque contact, un léger bruit de succion et une hésitation à se détacher. Puis peu à peu les langues se faufilèrent, léchant d'abord les bords. Puis une langue plus entreprenante plongea pour la première fois dans ce néant de plaisir pour aller chercher sa soeur, la gouter, l'enlacer, la découvrir parcelle par parcelle, l'autre affolée de plaisir par tant d'audace, jouait à l'hésitante, se rétractait pour mieux revenir provoquant, par ces allers et retours,une excitation toujours plus palpitante. Les chairs roses maintenant se mêlaient, s'emmêlaient, se cherchaient. Parfois les lèvres emprisonnaient la langue aimées, désirées et la retenait un moment dans une rumeur de succion et de salive. Ils se mangeaient littéralement la bouche, poussés par l'utopie de ne faire plus qu'un...

Le bruit continuel des entrailles
Et puis un petit coin de bleu,
Où pointe la blanche fraîcheur du sein maternel.
Bleu illuminant une petite table de terrasse
Où le vert de la boisson préférée s’y marie à merveille.
Bleu retrouvé plus tard dans l’encadrement d’une fenêtre rêveuse ;
De longues heures durant lesquelles les yeux y noient leurs pensées.
Le bleu devient gris, le gris à nouveau bleu,
Plus intense peut être
Et puis, on découvre un bleu-vert,
Mouvant, humide, palpable celui-là.
Il va et vient au rythme de notre vie,
Il se fonce et s’éclaircit au fil de nos passions.
On y mêle nos larmes, nos joies et nos pensées les plus intimes.
Quelquefois, on s’y perd et c’est la plus belle des fins.
Car il y en a qui, un jour oublie le Bleu ;
Ils perdent jusqu’aux fines traces de couleur primitive,
Abandonnées comme un trésor au fond de l’âme.
Le gris, jadis entraperçu, revint alors,
Un gris qui a mûrit.
Et quand les paupières se ferment,
C’est un vide, une absence.
L’homme est seul avec ses secrets. Il les hait. Ils sont sa croix qu’il traîne tout le long de sa vie.
La mienne est faite d’acier trempé qui me rentre dans la peau, me ronge les chairs de sa rouille nauséabonde.
Comme j’aurais aimé être libre, délié de ce serment fatal que je me suis infligé à moi même. Je me rappelle ; j’étais si jeune et pensait déjà être si mûr. Là, tout seul dans mon lit, les yeux pleins de mes larmes, rivés sur ce plafond d’un blanc déjà souillé, jurant de toute mon âme ces mots terribles…
La mienne est faite d’acier trempé qui me rentre dans la peau, me ronge les chairs de sa rouille nauséabonde.
Comme j’aurais aimé être libre, délié de ce serment fatal que je me suis infligé à moi même. Je me rappelle ; j’étais si jeune et pensait déjà être si mûr. Là, tout seul dans mon lit, les yeux pleins de mes larmes, rivés sur ce plafond d’un blanc déjà souillé, jurant de toute mon âme ces mots terribles…
dimanche 30 décembre 2007
« L'anglais, en effet, demeurait pour moi un assemblage de sons bizarres où mon oreille ne trouvait rien de très agréable. Surtout, je n'arrivais pas à comprendre pourquoi l'on avait recours à ce que je croyais être du baragouin alors que les mots français se trouvaient à la disposition de tous, et si simples. Il me paraissait aussi que les choses ne pouvaient avoir qu'un seul nom et qu'appeler un arbre ou une image ou ma poupée sans jambes d'un autre nom que celui-là, c'était leur faire une sorte de violence... Quelquechose me troublait pourtant dans le fait que ma mère usait de ce moyen étrange pour communiquer avec nous, et même avec moi qui en ouvrais la bouche de perplexité. Elle m'obligeait à répéter après elle certains groupes de mots et attachait beaucoup d'importance à ce que je les disse comme elle. Ces mots qui devaient jouer un si grand rôle dans ma vie... Je ne sais quand ils finirent par jeter quelque lumière au fond de mon cerveau, mais sans doute apprenais-je à mon insu le rudiment de la langue anglaise, car il se passa un jour une chose qui me parut étonnante. J'étais en train de jouer avec ma poupée Agathe pendant que ma mère lisait la bible à mes soeurs... Je savais qu'il fallait me tenir tranquille et ne pas ouvrir la bouche quand ma mère prenait le gros livre noir et que mes soeurs s'asseyaient autour d'elle, aussi me faisait-on taire, mais rien ne m'empêchait de m'installer aux pieds de Maman avec Agathe dans mes bras et d'imaginer un colloque entre cette dernière et, par exemple, les bottines à boutons dont j'étais chaussé... Or il arriva que les périodes bibliques, dont le murmure se déroulait au-dessus de ma tête comme une espèce de banderole sonore, me retinrent ce jour-là pour une raison particulière que je ne saisis pas tout de suite, quand subitement il y eut dans mon esprit quelquechose d'analogue à un choc. Je m'arrêtais de jouer: ma mère venait de lire une phrase et j'avais compris. »
« Tout enfant porte en lui un poète que l'éducation met à mort. Il me suffisait d'un maladroit bariolage et de quelques traits de plume incertains pour me voir dans une vaste plaine où des multitudes prises de colère se bousculaient au pied d'une tour sans faîte; un ciel menaçant pesait sur cette agitation dont le sens m'échappait. D'autres images proposaient à mon inquiétude des scènes de massacre ou de catastrophes; révolutions et tremblements de terre, autodafés, cyclones, villes englouties sous les flots, foules jetées aux bêtes ou taillées en pièces à coups de sabre, je promenais sur tous les malheurs de l'humanité un regard plein d'étonnement et de d'intérêt... »
« Notre passé nous tire en arrière et, si nous n'y mettions bon ordre, il nous empêcherait d'aller de l'avant, car nous sommes essentiellement des êtres d'avenir... Mais il y a dans le souvenir une vertu de fascination à laquelle il ne serait pas humain de ne jamais céder. C'est déjà beaucoup d'avoir été heureux, et de pouvoir quelquefois se chauffer les mains aux rayons des soleils morts... »
Julien Green, « Jeunes Années »
« Tout enfant porte en lui un poète que l'éducation met à mort. Il me suffisait d'un maladroit bariolage et de quelques traits de plume incertains pour me voir dans une vaste plaine où des multitudes prises de colère se bousculaient au pied d'une tour sans faîte; un ciel menaçant pesait sur cette agitation dont le sens m'échappait. D'autres images proposaient à mon inquiétude des scènes de massacre ou de catastrophes; révolutions et tremblements de terre, autodafés, cyclones, villes englouties sous les flots, foules jetées aux bêtes ou taillées en pièces à coups de sabre, je promenais sur tous les malheurs de l'humanité un regard plein d'étonnement et de d'intérêt... »
« Notre passé nous tire en arrière et, si nous n'y mettions bon ordre, il nous empêcherait d'aller de l'avant, car nous sommes essentiellement des êtres d'avenir... Mais il y a dans le souvenir une vertu de fascination à laquelle il ne serait pas humain de ne jamais céder. C'est déjà beaucoup d'avoir été heureux, et de pouvoir quelquefois se chauffer les mains aux rayons des soleils morts... »
Julien Green, « Jeunes Années »
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