vendredi 22 décembre 2006

Son front était de neige, ses yeux se confondaient avec le bleu du crépuscule et ses joues maintenant si pâles prenaient une teinte de cadavre. Elle ressentait la fin en elle, ce lent engourdissement insurmontable qui rampait lentement vers la gorge. Mais trop habitué à la lutte, son corps se révoltait et péniblement se déplaçait par mouvements saccadés. On aurait dit un vieux pantin tout osseux.
Comme l’animal mourant, cherchant instinctivement à rejoindre son terrier pour crever à l’abri, elle n’avait plus qu’une pensée : aller embrasser la vieille croix du calvaire. La grande croix froide en granit gris, battue par les vents océaniques, rongée par les lichens orange.
Elle lui avait fait tant de confidences et de prières. Elle y avait déversé tant de larmes… celles de son mari, des ses enfants, de ses parents, de ses amis. Ici, elle avait crié sa haine de dieu, elle avait vomi toute l’injustice céleste qui la suffoquait ; puis, quelques années plus tard, elle avait entraperçu dans ce ciel tumultueux la douce Lumière.
Alors, c’était là qu’elle voulait partir et nulle part ailleurs. Elle s’en était faite la promesse il y a si longtemps.

Ses mains tremblantes caressèrent doucement la surface rugueuse et inégale. Puis dans une dernière et violente convulsion, son corps enlaça la pierre en érection. Ses lèvres déjà glacées embrassèrent passionnément l’idole. Dans un ultime sursaut, le corps se cambra, puis soudainement se raidit avant de lentement glisser au pied de la croix.
On aurait dit le mouvement de la soie sur une peau, tellement la chute fut douce et tranquille.

mardi 19 décembre 2006

« Notre existence est une telle fuite, que si nous n’écrivons pas le soir l’événement du matin, le travail nous encombre et nous n’avons plus le temps de le mettre à jour. Cela ne nous empêche pas de gaspiller nos années, de jeter au vent ces heures qui sont pour l’homme les semences de l’éternité. »
Chateaubriand.

lundi 18 décembre 2006

Partition à quatre mains

Nous pencher tous les deux tête à tête vers le vide pour voir
Penchons nous...
Que vois-tu?
Penchons nous je ne vois rien
mais je sens tes cheveux contre les miens
ils sont doux
doux
Ils caressent ton visage
Je sens ton bras qui frôle mon épaule
j'en ai des frissons
Torse nu, nos peaux s'effleurent à peine
mais nos chaleurs se communiquent
Oui, je sens ta chaleur
J'adore cette musique
Elle vient du fond du gouffre
Elle vient caresser nos visages
Bien que tu sois à côté de moi, je t'aperçois au fond de ce gouffre
Si beau, majestueux
Et je te souris de toute l'affection que j'ai pour toi
C'est tiède
Tendre
Comme cette musique
Je t'observe longuement, car c'est vraiment ce que j'aime faire
dès que je me retrouve à tes côtés
plongé mon regard sur toi tout entier
Regarde moi
je suis nu là, pour toi
pour tes yeux
pour ton âme
J'allume une cigarette
Laisse la fumée voyager sur ma peau
Je la laisse
tu es vraiment beau ainsi
La fumée semble à peine bouger sur mon torse, sur mon ventre
Elle forme comme une brume d'aurore
Comme une lumière de songe, elle fait disparaître toutes les certitudes
Et nous mène vers un inconnu
ma brume t'encercle
que faire?
Me laisser encercler te faire confiance
En es tu sûr?
Laisse le souffle me caresser
parcourir ma peau
doucement effleurer
oui
Je me sens sombrer dans ce gouffre
Ce gouffre qui est si près de toi, ce gouffre qui est ton propre gouffre
Je suis ton propre gouffre
ton inverse
J'ai peur
N'ai pas peur je suis la paix, la tendresse
Fonds toi dans la fumée et viens
La fumée nous entoure désormais
tu es la fumée
Une vapeur éthérée nous enveloppe
Tu es cette chose si belle qui me pénètre
oui qui parcoure chaque partie de toi
Qui s'allie presqu'à ton corps frissonant
Mon corps frisonne de plus en plus comme si cette fusion le surchargeait d'énergie
Mes muscles se tendent
mes jambes s'écartent offertes
Je sens comme une main qui parcoure mon corps,
brûlante
Mais j'ai à la fois l'impression que cette main est en moi
au plus près de mes nerfs
Elle contrôle tes vibrations, ton corps au bord du chavirement
me poussant au plus près de la jouissance
Ta tête chavire
dans le vide
oui, elle est abandonnée dans le vide
la bouche entrouverte
Ta main caresse mon cou lentement, le serrant un peu
mon cou tout tendu
Et ton index vient glisser le long de mon menton
Et jouer avec mes lèvres complètement livrées
Que ces lèvres sont douces!
douces ouvertes!
je me redresse et te regarde
Je commence en même temps à te caresser les cheveux
nos rythmes fusionnent
nos corps se resserrent
nos torses se touchent
et nos mains se caressent
Les miennes cherchant l'arrondi magnifique de tes fesses
Elles les reconnaissent et s'y perdent
Et quand nos langues se trouvent
Le bleu de nos yeux s'est déjà mêlé.

dimanche 17 décembre 2006


J’ai vu le soleil se lever ce matin, rouge sanguin sur les champs enneigés et inondés de Lorraine. Les neiges buvaient avidement ces premiers rayons, souillant avec perversité leur propre virginité, alors que plus loin, les surfaces inondées et glacées repoussaient dans de violents chatoiements ce premier don du disque à peine éclos des lointaines montagnes. Ici et là, de vieux troncs aux formes crochues suaient, éreintés par cette première étreinte avec l’aurore. Dans l’air, comme un long soupir de jouissance échappé des entrailles de la terre.
Et moi, vaincu par cette sublime renaissance, je restais là, mes sens dénudés, livré à l’Amante.
« Fiers et résignés à n’exister que pendant une heure sur vingt quatre ! Car l’injuste public, même s’il les applaudit, les oublie après. Un journal pourra veiller, avec une sollicitude indiscrète, sur l’emploi du temps de Mlle X…, du français, dont les opinions sur la mode, la politique, la cuisine et l’amour occuperont chaque semaine l’oisiveté du monde entier ; mais pauvre petit Bouty intelligent et tendre, qui donc daignera se demander ce que vous faîtes, ce que vous pensez, ce que vous taisez, quand l’obscurité vous a ressaisi et que vous filez le long du boulevard Rochechouart, vers minuit, presque transparent de minceur dans votre long paletot « genre anglais » qui vient de la samaritaine ? »

« La vagabonde », Colette

samedi 16 décembre 2006


Elle cherche faussement au tréfonds de ses désirs
Celui qui constamment est auprès d’elle
Bannissant à jamais le simple plaisir
De toucher du regard la part d’éternel
Qui sur son visage languit de s’épanouir
Dans l’ombre de ce renoncement cruel.

Seule, perdue dans les errances de son destin, elle gît
Refusant que de ses lèvres il apaise un instant
La folie de ses déchirements inassouvis,
En buvant à la source de ses paupières un peu de la souffrance du temps.


Wiesbaden, Le 7 novembre 2000

vendredi 15 décembre 2006

" J'ai toujours vu la littérature, à la fois comme lecteur et comme écrivain, comme un de seuls endroits où on puisse un tout petit peu réfléchir à soi"

Matthieu Riboulet

jeudi 14 décembre 2006

Blanche était la nuit lorsque, emmitouflée dans sa douleur, la femme pleurait. Dans chacune de ses larmes se reflétait l’image désirable de l’astre mort. La lune avait, ce soir-là, une teinte légèrement transparente, pareille à un jeune sein de vierge et elle noyait la nature dans une tiédeur irréelle.
Tout dans l’amante suppliait le corps chaud, puissant et protecteur qui, si vite, s’était éclipsé d’entre les draps de soie encore habités d’une odeur d’étreinte. Senteur intense, mélange de parfums virils et d’effluves plus douces plus soumises. La jouissance était encore présente dans l’atmosphère confinée de cette chambre ; les langoureux échos de ces râles ultimes avaient maintenant une nuance mélancolique. Le hâle de désir appelait une nouvelle fusion.
Une légère brise nocturne vint frôler le corps à vif, offert. L’esseulée comme réveillée d’un songe se leva lentement, d’un mouvement de chatte. Ce corps, un court instant, éblouit le silence des étoiles. Une vision. Des yeux de flammes. Une chevelure d’ébène. Un sein petit, d’une rondeur parfaite. Un ventre aux formes fécondes et une cuisse laiteuse cachant pudiquement l’offrande.
Penchée à la fenêtre, elle laissa sa longue chevelure se mêler aux soupirs de la terre. Les pointes de sa douce poitrine frémirent et se durcirent de plaisir au frais contact de la nuit.
Il était encore là, lascivement allongé dans l’herbe épaisse, une nudité brûlante, la respiration profonde soulevant régulièrement son torse puissant, les muscles saillants et contractés, les mains veineuses raclant frénétiquement l’humus, les cuisses ouvertes, découvrant une érection violente, sauvagement éclairée par l’astre plein. Une peau tendue, lisse, pareille au marbre d’une statue d’Apollon.
Un râle d’abandon échappa à l’amante et elle se précipita de la fenêtre vers son maître.
Le corps ne fit presque aucun bruit lorsqu’il s’écrasa, sept mètres plus bas, sur l’herbe grasse, depuis de longues semaines, inviolée. Juste un son sourd et bref.
Sur le sol, à côté de la morte, les ombres dessinaient comme un corps d’homme allongé.

mercredi 13 décembre 2006


Un prêtre protestant dans l’Allemagne de la Seconde guerre mondiale :

« Quand les SS sont venus arrêter les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communistes. Quand les SS ont raflé tous les sociaux-démocrates, je me suis tu, je n’étais pas social-démocrate. Lorsque les SS sont venus arrêter les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste. Lorsque les SS ont embarqués les juifs, je me suis tu, je n’étais pas juif. Lorsque les SS sont venu pour m'arrêter plus personne n'était là pour protester."

mardi 12 décembre 2006

A mesure que l’instruction descend dans ces classes inférieures, celles-ci découvrent la plaie secrète qui ronge l’ordre social irréligieux. La trop grande disproportion des conditions et des fortunes a pu se supporter tant qu’elle a été cachée ; mais aussitôt que cette disproportion a été généralement aperçue, le coup mortel a été porté. Recomposez, si vous le pouvez, les fictions aristocratiques ; essayez de persuader au pauvre, lorsqu’il saura bien lire et ne croira plus, lorsqu’il possédera la même instruction que vous, essayez de lui persuader qu’il doit se soumettre à toutes les privations tandis que son voisin possède mille fois le superflu : pour dernière ressource, il vous faudra le tuer. »
Chateaubriand

lundi 11 décembre 2006


Madeleine, tu es partie mais tu resteras à jamais au fond de mon cœur

Je t’aime.

samedi 9 décembre 2006


Dinard... Quelle curiosité que dans ce train qui fend le froid glacial de toute sa vitesse, le souvenir de cette chaude journée d'août me revienne.
J'avais décidé au petit matin de me lancer seul à l'assaut de la côte rocheuse et de caracoler le plus loin possible vers Saint Briac. Quel sentiment de liberté! Seul avec pour unique compagne, la mer, scintillante, vert émeraude, sauvage, jubilante. Tout au long de mon périple, je me racontais des légendes. Une fois, j'étais un de ces personnages fantastiques de Tolkien: un elfe fier, noble, avec en lui, une part d'âme secrète, à jamais cachée. Et puis, l'elfe se transformait en terrible général romain inflexible, ambitieux et supérieur. Du soldat naissait un prêtre, gardien d'un temple, portant en soi une infinie force magique.
Pourtant pour le badaud, c'était toujours le même frêle adolescent qui grimpait les arêtes de granit gris, sautait de rocher en rocher, traversait les vides où la mer s'engouffrait éternellement, creusant un peu plus chaque jour le roc originel.
Bientôt, les flots montant, je du rebrousser chemin. Dans ma hâte, je glissai et m’ouvris la jambe. Cette douleur, le danger de la marée montante achevèrent de combler mon cœur de ce sentiment d’immense liberté ; mes cheveux dans les embruns purs et le bleu de mes yeux mêlé au bleu maternel.
Dans le train en route vers Mainz, Le 24 janvier 2000


Entre 711 et 714, les généraux d’armée Tariq ibn Ziyad et Musa ibn Nusayr, agissant sur les ordres du calife Omeyyade, envahissent et colonisent les royaumes chrétiens d’Espagne avec force et brutalité. Pendant plusieurs siècles les musulmans règneront en maîtres absolus sur ces terres et ces peuples chrétiens avant d’être définitivement chassés du continent, lorsque les Espagnols reprennent en 1492 la ville et le Royaume de Grenade. Durant ces longues années d’occupation, les musulmans gouvernent avec les outils classiques du colonisateur : oppression, répression, violence, mais ils apportent aussi à la civilisation chrétienne alors bien en retard, toutes leurs richesses culturelles, scientifiques, architecturales… Ils laissent au continent quelques unes des plus belles villes d’Europe (Grenade, Tolède, Séville, Cordoue, Saragosse…).
Cette occupation, par ailleurs si condamnable, aura été une grande chance pour cette civilisation chrétienne alors bien primaire.

vendredi 8 décembre 2006

un petit homme moustachu la soixantaine largement passée parle à deux dames d’un âge aussi respectable
« Et tout cela c’est de la faute des gens !! Regardez comment ils votent » Et une des dames de répondre « Pour qui faut-il voter alors ? »
- Ah ça ce n’est pas à moi de le dire !!
Et prenant un air supérieurement mystérieux il enchaîne :
- Mais il y a des solutions…
Un peu plus tard je reviens, les femmes ont l’air vraiment de ne pas savoir comment s’extirper de cette bruyante conversation, le vieil homme continue à pérorer :
- Regardez notre pauvre croissance à 1,7 alors que les chinois ont une croissance de 12
Les deux femmes ponctuent timidement et de moins en moins sur de savoir ce qu’il convient de répondre :
- ah… c’est sur…
- Oui !! Ils (les chinois) vont nous acheter et nous faire travailler, on leur servira de guide pour leurs visites touristiques !

C'était une conversation surprise aujourd'hui au détour d'une rue dans cette grande ville lointaine... Mais ce soir je suis de retour sur ma petite île Bouvet, dans ma petite maison face à l'océan loin de la croissance économique et du tourbillon matérialiste, mais où la vie malgré tout est agréable et où, tout compte fait, le temps passe de la même façon, seconde après seconde.

« Ce privilège de la musique qui ne survit pas comme le poème, comme la chose écrite ; elle ne survit pas, elle continue de vivre. Le livre nous est livré et, à travers lui, son auteur. Au contraire, nous sommes livrés à la musique. C’est elle qui pénètre en nous, qui agit sur nous comme un révélateur et fait affleurer le plus secret de notre être, mais sans déchirement ; ou, s’il y a déchirement il n’est que délice. »

François Mauriac, Mémoires intérieurs

jeudi 7 décembre 2006


"Ecrire poétiquement, c'est effacer dans le mot, par le souci de ce qui est en lui sonorité, musique en puissance, cette part notionnelle, qui le met en relation avec d'autres notions, d'autres idées, rien de plus. Et c'est donc dégager de cette rêche enveloppe une figure des choses qui n'est plus ce que l'on croyait en connaître quand encore on les réduisait à l'abstraction d'un savoir."

Yves Bonnefoy, "Comment aller dans les pierres"
J’aime regarder par les fenêtres. J’y vois mon passé, j’y vois mon avenir. Les deux intimement mêlés. Je ressens toujours aussi une étrange mélancolie, qui ne m’est pas désagréable, au contraire. Rien qu’un apaisant renoncement.

mercredi 6 décembre 2006


Il me reste encore un jour
Cette journée doit m’être une éternité
Ses heures, des épanouissements de lotus.
J’hume le doux parfum nostalgique
De ses minutes qui passent.
Je veux en retenir les essences,
Les imprégner tout au fond de mes sens
Pour pouvoir les rappeler à moi,
En impressions, quand l’attente me sera trop lourde.

Il me restait encore un jour,
Un jour brodé d’éternité,
De cette éternité qui malgré tout, passe,
Au fil des secondes.
Un jour que je n’arrive pas à retenir,
Et qui prendra bientôt la vague teinte d’un demi oubli.

Il me reste un souvenir.
Ce souvenir aurait dû être éternité.

Wiesbaden, le 2 juin 2001


"Ils s'attardèrent un moment au pied du perron, à contempler une lune qui semblait chargée d'une neige issue des lointains où se trouvait un lac. L'été était fini, même celui de la Saint-Martin. L'herbe était froide; il n'y avait ni brume, ni rosée. Quand il serait parti, elle rentrerait, allumerait les lumières, fermerait les volets, pendant qu'il descendrait le chemin vers le village. La vie était venue vite pour ces deux-là et repartie sans laisser d'amertume, mais de la compassion; nulle désillusion, mais de la douleur. La lune donnait déjà assez de lumière lorsqu'ils se serrèrent la main, pour que chacun vît affleurer la bonté aux yeux de l'autre."

Francis Scott Fitzgerald, "les enfants du jazz"

mardi 5 décembre 2006



Pagode élancée dans le ciel
Et plus haut
Les feuilles mortes que le vent soulève

Natsume Soseki

lundi 4 décembre 2006

« Il travailla tout l’après midi, rejoua le programme en entier et s’arrêta, se rappelant le conseil de sa mère : à force de répéter, on perdait parfois cette intime vibration de nouveauté, ce brin de miracle ou de prestidigitation dont l’art ne peut se passer. »
A.Makine « la musique d’une vie »

Voilà peut être un des points communs à toute interprétation qu'elle soit classique ou improvisation jazz.

dimanche 3 décembre 2006

Pour David, en écho à un de ses textes



Nomadisme,

Le fleuve passe impétueux, viril, dans un fracas qui ne laisse que de petites vagues à l’âme au bord de mon cœur.

Solitude,

Solitude d’une bière qui m’observe du fond de sa belle couleur, calme et indifférente, n’arrivant plus à me faire oublier ce vide, cette absence.

Exil,

Exil lot de ma vie ; jusqu’au jour où l’on n’en peut plus. Mais ce jour là, a t’on le choix ?

Nomadisme, Solitude, Exil… le désert est blanc insoutenable. Le désert est immense, éternité à perte de vue. Le désert est brûlant, son souffle acide me purge de tout orgueil.
Ce que je pensais être source se tarit si vite.

Alors, il faut chercher un autre puit, un autre oasis, encore plus profondément, là où la chaleur est toujours plus douloureuse, plus purifiante.
La nuit tombe. Il n’y a plus à l’horizon qu’une très faible lueur aurorale, presque laiteuse. La majestueuse Loire charrie sa fraîcheur qui cingle la peau de mon visage. Mais je suis loin, très loin, perdu dans les sables de mon désert, cherchant inlassablement la Source.
Tours, mai 2000

samedi 2 décembre 2006

« La journée était sombre, la pluie et la fin du monde menaçaient, tout baignait dans cette grisaille particulière aux seuls après-midi new-yorkais. Le vent gémissait au long des rues, poussait devant lui des journaux froissés et des débris divers, et de petites lumières montraient le nez à toutes les fenêtres ; il régnait une telle désolation qu’on prenait en pitié les édifices dont la tête se perdait dans un ciel gris et vert foncé. On sentait la farce sur le point de se conclure, tous les gratte-ciel allaient s’effondrer comme des châteaux de carte, s’empiler en un tas poussiéreux, sardonique, sur les millions prêts à en sortir ou à y rentrer. »

Francis Scott Fitzgerald "Les enfants du Jazz"


Quelques dizaines d'années plus tard, la fiction devint réalité...

Un 11 septembre

dimanche 19 novembre 2006


" La pensée de ce long voyage me rend triste. N'est-il pas vrai, messire, que cette tristesse est naturelle même quand le voyageur sait qu'au bout de sa route il trouvera le bonheur?"

" O dieux, dieux! comme la terre est triste, le soir! Que de mystères, dans les brouillards qui flottent sur les marais! Celui qui a erré dans ces brouillards, celui qui a beaucoup souffert avant de mourir, celui qui a volé au-dessus de cette terre en portant un fardeau trop lourd, celui-là sait! Celui-là sait, qui est fatigué. Et c'est sans regret, alors, qu'il quitte les brumes de cette terre, ses rivières, ses étangs, qu'il s'abandonne d'un coeur léger entre les mains de la mort, sachant qu'elle - et elle seule - lui apportera la paix."

Mikhaïl Boulgakov, "Le Maître et Marguerite"

Ce deuxième extrait fut dicté par Boulgakov mourant à sa femme, en 1940 et rajouté au chapitre 32... hautement émouvantes ces dernières lignes.

vendredi 17 novembre 2006

Il y a des journées de pluies qui donnent envie d'écrire...
Ségolène Royal est sur la voie... Espérons qu'elle arrive à incarner ce besoin pressant de renouveau et de changement qui nous agite tous. Espérons aussi que la première femme à être aussi prêt du fauteuil présidentiel sache rester ce qu'elle est et ce qui fait sa différence: une femme.

" Les gens qui veulent fortement une chose sont presque toujours bien servis par le hasard"
"La Vendetta" Honoré de Balzac

jeudi 16 novembre 2006

" Les sentiments homosexuels ne peuvent guérir la solitude fondamentale de l'homme, et ne servent qu'à le rendre malheureux"

" Kokoro", Natsume Sôseki

Il pleut et le vent souffle, je crée aujourd'hui ce lieu pour personne et pour tout le monde. C'est un jardin fermé, mon jardin de mots que je lance dans cet océan inquiétant.