jeudi 14 décembre 2006

Blanche était la nuit lorsque, emmitouflée dans sa douleur, la femme pleurait. Dans chacune de ses larmes se reflétait l’image désirable de l’astre mort. La lune avait, ce soir-là, une teinte légèrement transparente, pareille à un jeune sein de vierge et elle noyait la nature dans une tiédeur irréelle.
Tout dans l’amante suppliait le corps chaud, puissant et protecteur qui, si vite, s’était éclipsé d’entre les draps de soie encore habités d’une odeur d’étreinte. Senteur intense, mélange de parfums virils et d’effluves plus douces plus soumises. La jouissance était encore présente dans l’atmosphère confinée de cette chambre ; les langoureux échos de ces râles ultimes avaient maintenant une nuance mélancolique. Le hâle de désir appelait une nouvelle fusion.
Une légère brise nocturne vint frôler le corps à vif, offert. L’esseulée comme réveillée d’un songe se leva lentement, d’un mouvement de chatte. Ce corps, un court instant, éblouit le silence des étoiles. Une vision. Des yeux de flammes. Une chevelure d’ébène. Un sein petit, d’une rondeur parfaite. Un ventre aux formes fécondes et une cuisse laiteuse cachant pudiquement l’offrande.
Penchée à la fenêtre, elle laissa sa longue chevelure se mêler aux soupirs de la terre. Les pointes de sa douce poitrine frémirent et se durcirent de plaisir au frais contact de la nuit.
Il était encore là, lascivement allongé dans l’herbe épaisse, une nudité brûlante, la respiration profonde soulevant régulièrement son torse puissant, les muscles saillants et contractés, les mains veineuses raclant frénétiquement l’humus, les cuisses ouvertes, découvrant une érection violente, sauvagement éclairée par l’astre plein. Une peau tendue, lisse, pareille au marbre d’une statue d’Apollon.
Un râle d’abandon échappa à l’amante et elle se précipita de la fenêtre vers son maître.
Le corps ne fit presque aucun bruit lorsqu’il s’écrasa, sept mètres plus bas, sur l’herbe grasse, depuis de longues semaines, inviolée. Juste un son sourd et bref.
Sur le sol, à côté de la morte, les ombres dessinaient comme un corps d’homme allongé.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Je ne sais que dire devant ce texte! Bouleversé, circonspect, ému...A vrai dire, l'écriture est ma foi agréable, le thème est...Je ne sais pas comment le définir.
Cependant merci de nous le faire partager.