samedi 9 décembre 2006


Dinard... Quelle curiosité que dans ce train qui fend le froid glacial de toute sa vitesse, le souvenir de cette chaude journée d'août me revienne.
J'avais décidé au petit matin de me lancer seul à l'assaut de la côte rocheuse et de caracoler le plus loin possible vers Saint Briac. Quel sentiment de liberté! Seul avec pour unique compagne, la mer, scintillante, vert émeraude, sauvage, jubilante. Tout au long de mon périple, je me racontais des légendes. Une fois, j'étais un de ces personnages fantastiques de Tolkien: un elfe fier, noble, avec en lui, une part d'âme secrète, à jamais cachée. Et puis, l'elfe se transformait en terrible général romain inflexible, ambitieux et supérieur. Du soldat naissait un prêtre, gardien d'un temple, portant en soi une infinie force magique.
Pourtant pour le badaud, c'était toujours le même frêle adolescent qui grimpait les arêtes de granit gris, sautait de rocher en rocher, traversait les vides où la mer s'engouffrait éternellement, creusant un peu plus chaque jour le roc originel.
Bientôt, les flots montant, je du rebrousser chemin. Dans ma hâte, je glissai et m’ouvris la jambe. Cette douleur, le danger de la marée montante achevèrent de combler mon cœur de ce sentiment d’immense liberté ; mes cheveux dans les embruns purs et le bleu de mes yeux mêlé au bleu maternel.
Dans le train en route vers Mainz, Le 24 janvier 2000

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