Son front était de neige, ses yeux se confondaient avec le bleu du crépuscule et ses joues maintenant si pâles prenaient une teinte de cadavre. Elle ressentait la fin en elle, ce lent engourdissement insurmontable qui rampait lentement vers la gorge. Mais trop habitué à la lutte, son corps se révoltait et péniblement se déplaçait par mouvements saccadés. On aurait dit un vieux pantin tout osseux.
Comme l’animal mourant, cherchant instinctivement à rejoindre son terrier pour crever à l’abri, elle n’avait plus qu’une pensée : aller embrasser la vieille croix du calvaire. La grande croix froide en granit gris, battue par les vents océaniques, rongée par les lichens orange.
Elle lui avait fait tant de confidences et de prières. Elle y avait déversé tant de larmes… celles de son mari, des ses enfants, de ses parents, de ses amis. Ici, elle avait crié sa haine de dieu, elle avait vomi toute l’injustice céleste qui la suffoquait ; puis, quelques années plus tard, elle avait entraperçu dans ce ciel tumultueux la douce Lumière.
Alors, c’était là qu’elle voulait partir et nulle part ailleurs. Elle s’en était faite la promesse il y a si longtemps.
Ses mains tremblantes caressèrent doucement la surface rugueuse et inégale. Puis dans une dernière et violente convulsion, son corps enlaça la pierre en érection. Ses lèvres déjà glacées embrassèrent passionnément l’idole. Dans un ultime sursaut, le corps se cambra, puis soudainement se raidit avant de lentement glisser au pied de la croix.
On aurait dit le mouvement de la soie sur une peau, tellement la chute fut douce et tranquille.
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