dimanche 30 décembre 2007

« L'anglais, en effet, demeurait pour moi un assemblage de sons bizarres où mon oreille ne trouvait rien de très agréable. Surtout, je n'arrivais pas à comprendre pourquoi l'on avait recours à ce que je croyais être du baragouin alors que les mots français se trouvaient à la disposition de tous, et si simples. Il me paraissait aussi que les choses ne pouvaient avoir qu'un seul nom et qu'appeler un arbre ou une image ou ma poupée sans jambes d'un autre nom que celui-là, c'était leur faire une sorte de violence... Quelquechose me troublait pourtant dans le fait que ma mère usait de ce moyen étrange pour communiquer avec nous, et même avec moi qui en ouvrais la bouche de perplexité. Elle m'obligeait à répéter après elle certains groupes de mots et attachait beaucoup d'importance à ce que je les disse comme elle. Ces mots qui devaient jouer un si grand rôle dans ma vie... Je ne sais quand ils finirent par jeter quelque lumière au fond de mon cerveau, mais sans doute apprenais-je à mon insu le rudiment de la langue anglaise, car il se passa un jour une chose qui me parut étonnante. J'étais en train de jouer avec ma poupée Agathe pendant que ma mère lisait la bible à mes soeurs... Je savais qu'il fallait me tenir tranquille et ne pas ouvrir la bouche quand ma mère prenait le gros livre noir et que mes soeurs s'asseyaient autour d'elle, aussi me faisait-on taire, mais rien ne m'empêchait de m'installer aux pieds de Maman avec Agathe dans mes bras et d'imaginer un colloque entre cette dernière et, par exemple, les bottines à boutons dont j'étais chaussé... Or il arriva que les périodes bibliques, dont le murmure se déroulait au-dessus de ma tête comme une espèce de banderole sonore, me retinrent ce jour-là pour une raison particulière que je ne saisis pas tout de suite, quand subitement il y eut dans mon esprit quelquechose d'analogue à un choc. Je m'arrêtais de jouer: ma mère venait de lire une phrase et j'avais compris. »



« Tout enfant porte en lui un poète que l'éducation met à mort. Il me suffisait d'un maladroit bariolage et de quelques traits de plume incertains pour me voir dans une vaste plaine où des multitudes prises de colère se bousculaient au pied d'une tour sans faîte; un ciel menaçant pesait sur cette agitation dont le sens m'échappait. D'autres images proposaient à mon inquiétude des scènes de massacre ou de catastrophes; révolutions et tremblements de terre, autodafés, cyclones, villes englouties sous les flots, foules jetées aux bêtes ou taillées en pièces à coups de sabre, je promenais sur tous les malheurs de l'humanité un regard plein d'étonnement et de d'intérêt... »



« Notre passé nous tire en arrière et, si nous n'y mettions bon ordre, il nous empêcherait d'aller de l'avant, car nous sommes essentiellement des êtres d'avenir... Mais il y a dans le souvenir une vertu de fascination à laquelle il ne serait pas humain de ne jamais céder. C'est déjà beaucoup d'avoir été heureux, et de pouvoir quelquefois se chauffer les mains aux rayons des soleils morts... »
Julien Green, « Jeunes Années »

vendredi 28 décembre 2007

« Une œuvre d’homme n’est rien d’autre que ce long cheminement pour retrouver par les détours de l’art, les deux ou trois images simples et grandes sur lesquelles le cœur, une première fois, s’est ouvert »

Albert Camus
Ne pas perdre pied. S’accrocher ; s’accrocher au reste de lucidité. C’est le seul ami, le reste n’est que poison. Plonger dans le doux poison et c’est l’enfer. L’enfer pour une imperfection, c’est trop cher payé. La vie décide, la vie guide, le choix est restreint et le destin autoritaire. Ne pas le contrarier, ne pas le fâcher, se pendre au reste de lucidité, les yeux implorant une aide ; enfin se reposer en son sein, enfin confiant, enfin débarrassé des lancinantes litanies de l’esclavage. Crier la bêtise de l’existence, les douloureuses circonstances, ignorer les fers et les chaînes entravant. Ne pas se sentir fort, se sentir faible très faible face au poids du destin, ne jamais le sous-estimer. Jamais. Jamais. Jamais. Jamais... Oh non jamais !

samedi 12 mai 2007

La salle était plongée dans le noir, seule la lumière qui éclairait la scène baignait les visages attentifs d’un halo doré. Du piano, le prélude en Do dièse mineur s’échappait avec une violence inhabituelle, les mains du pianiste martelaient avec douleur les accords ouverts sur des gouffres inavoués. Vision d’enfer et de démence. Tristesse intense, poids de la vie dans les mains, sur les touches.
Dans la salle régnait une atmosphère figée, paralysée, un mal être peut être, un peu d’indifférence et d’ennui (tout le temps). Mais parmi les effets de robes et de parfums, un vieil homme était assis seul, vêtu d’un vieux pardessus gris qu’il n’avait pas retiré comme de peur de prendre froid. Il avait un visage marqué par le temps, ridé, abîmé, sali par la souffrance, Ce visage était si en harmonie avec la musique, comme si chaque accord avait gravé dans la peau une ride, une empreinte, une douleur, une tristesse.
Et ces grands yeux bleus, voilés, passés, comme une couleur exposée à une trop forte lumière perd de son intensité, immobiles, fixés sur les mains du pianiste, et bien au-delà perdus dans les harmonies de sa vie que Rachmaninov avait su faire réapparaître quelques instants. Je les vis, ces grands yeux azur se mouiller, prendre vie un instant, luire, vibrer aux sons de la vocalise, je vis une larme couler le long de la joue pâle et soudain s’évanouir par enchantement comme si une main l’avait recueillie délicatement. Alors à ce moment, je compris que le vieil homme n’était pas seul et qu’elle était là, elle aussi, l’âme sœur ; pour lui, éternellement pour lui.

jeudi 10 mai 2007


La Bataille de Berlin - Avril 1945



« Même si vous ne voulez pas m'écouter, poursuivit-il, arrêtez de gémir. Nous devons gagner cette guerre. Nous ne devons pas perdre courage. Si d'autres gagnent la guerre et nous font simplement une fraction de ce que nous avons fait dans les territoires occupés, il ne restera plus un seul Allemand dans quelques semaines. »
Un soldat allemand en 1945,


Le général Kazakov avait fait venir en première ligne son artillerie divisionnaire de rupture et toutes les autres batteries lourdes, équipées d'obusiers de 152 mm et 203 mm. Des messages avaient été peints sur les obus par les artilleurs: « pour le rat Goebbels », « pour les veuves et les orphelins ». Des officiers politiques étaient là pour encourager les servants des pièces à accroître leur cadences de tir. Entre cette matinée et le 2 mai, ils allaient tirer 1 800 000 obus .


Vassili Grossman, qui revenait de Moscou pour rejoindre le 1er front biélorusse, arriva d'abord au quartier général de Joukov, à Landsberg, et constata: « Des enfants jouent aux soldats sur un toit plat. Au moment même où l'impérialisme allemand agonise à Berlin, ces garçons aux franges blondes et aux longues jambes maigres, armés de sabres de bois et de gourdins, bondissent et s'attaquent les uns les autres en criant... C'est éternel. Cela ne pourra jamais être extirpé de la nature humaine. »

mercredi 9 mai 2007



Heidelberg, voici un de mes lieux de pèlerinage. Pourtant, ce lieu m’était encore complètement inconnu il y a quelques années. Je le découvris lors d’une tournée du Requiem de Fauré avec l’orchestre de Meudon. Nous passâmes moins d’une heure dans la ville. Suffisant pour que j’en tombe amoureux. Quelque chose en moi, ce quelque chose qui m’a toujours guidé et qui je l’espère ne m’abandonnera jamais, me dit qu’Heidelberg était lié à ma destinée.
Et mon étoile ne me mentit point et me permit même d’y travailler. Je passais alors de longues fin de semaines à déambuler à travers les « Gasse », les sentiers forestiers ; qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, rien n’arrêtait ce besoin que j’avais de me ressourcer dans le mystère de cette beauté.
Mais là où mon coeur a retrouvé son berceau, c’est là-haut, les jardins du château. Ces jardins d’éternité où même le temps semble se figer de béatitude.
Rien qu’en les évoquant maladroitement sur ce papier, mon âme s’apaise.

dimanche 6 mai 2007

De bon matin, je lis dans le journal les plans que font pour notre siècle
Et le pape et les rois et les banquiers et les grands seigneurs du pétrole.
De l’autre œil je surveille
L’eau pour le thé dans la casserole,
L’eau qui se trouble et se met à chanter, redevient claire
Puis débordant, étouffe le feu.

Bertolt Brecht

samedi 21 avril 2007

Ma grand-mère


Ma grand-mère apparaît, dans mes rêves, toujours entourée de ses fuschias aux fleurs violacées et rose-rouge. De grosses grappes de couleurs pendant lourdement comme des seins chargés de lait. Je la revois vêtue d’une robe bleue à l’aspect de blouse qui lui donnait ce petit air gentiment strict. Mais son visage a disparu de mes souvenirs. Elle est morte lorsque j’atteignis mes huit ans. Ce fut ma première confrontation avec la mort. Je ne savais pas exactement ce que cela signifiait, on m’expliqua seulement que je ne la reverrai pas. Je me rappelle aussi le petit autel que j’avais secrètement installé dans un tiroir pour garder ma mamie auprès de moi. Chaque jour, j’ouvrais le tiroir et faisait une prière païenne pour qu’elle ne s’éloigne pas trop.
Je la revois sous la pergola ensoleillée – celle qui nous protégeait des grosses averses lorsque nous jouions dans le jardin-, dans sa cuisine, fouillant dans ses vieux meubles de formica ou reposant ses jambes varicées dans son nouveau fauteuil inclinable, vieux vert. C’était le fauteuil magique, interdit, le fauteuil de mamie !
Je sens à nouveau ce vieux parfum qui inspire respect et réconfort, cette odeur unique dont la maison était imprégnée du garage au grenier. Et puis ma grand-mère était aussi la grand-mère à la bonbonnière rouge en forme de pomme, celle des œufs de pâques cachés dans l’herbe autour du cerisier. Il y avait des jours, rares, où elle nous dévoilait sa fabuleuse boîte à musique. De ses mains fines et ridées, elle ouvrait le couvercle laqué. La musique alors s’enclenchait ; une valse de clochettes qu’une minuscule danseuse en tutu blanc dansait avec des mouvements saccadés. Et moi, fasciné, tous mes petits sens en émoi, je me prenais à rêver à ma grand-mère au temps de sa jeunesse. Et je la voyais dansant comme la petite figurine en petite robe et collant, avec cette grâce un peu hésitante, dans une salle des miroirs où son frêle corps partout se reflétait.

mardi 20 mars 2007

"C’est vrai, dit-il à demi voix, comme à lui-même, l’égalité n’existe pas. Une société qu’on baserait sur elle, ne pourrait vivre. Pendant des siècles, on a cru remédier au mal, par la charité. Mais le monde a craqué ; et, aujourd’hui, on propose la justice… La nature est-elle juste ? Je la crois plutôt logique. La logique est peut-être une justice naturelle et supérieure, allant droit à la somme du travail commun, au grand labeur final. »
Emile Zola, « Le docteur Pascal »

dimanche 18 mars 2007

« J’ai toujours dit que j’écris pour les lecteurs, mais le fait que je continue à écrire à cette époque où les lecteurs ont disparu (les lecteurs inconditionnels, authentiques) prouve irréfutablement que j’écris pour moi-même. »
Bioy, Journal

samedi 17 mars 2007

« Il existe en ce monde une détresse qui se passe de larmes.... Cette détresse, incapable de changer de forme, pouvait seulement continuer à s'amonceler tranquillement sur mon coeur comme la neige par une nuit sans vent... Ainsi j'avais fermé la porte à la parole, j'avais fermé la porte de mon propre coeur. Il est une tristesse si profonde qu'elle ne peut pas même prendre la forme des larmes. »
Haruki Murakami, « La fin des temps »

mercredi 14 mars 2007

"Quand on a perdu quelquechose une fois, même si elle disparaît entièrement, on continue éternellement à la perdre."

Haruki Murakami, "La fin des temps"

samedi 10 mars 2007

Ma mère,

Ma mère n’a jamais aimé les hommes ; aujourd’hui, à force d’avoir été contrainte de vivre avec un exemplaire pendant plus de trente ans, elle les hait. Elle ne supporte pas la vue d’un mâle nu, elle trouve cela sale. Le contact masculin la répugne. Et son grand malheur, c’est d’avoir eu… deux fils ! Un mari et deux petits bonhommes qui, jour après jour devenaient hommes.
Quand elle était jeune, elle était belle. Je revois cette photo, au jardin du Thabor, le jour de son mariage, dans sa robe blanche. Elle souriait, oui, elle souriait et ses beaux cheveux bruns et lisses dessinaient gracieusement les contours de son visage. Elle avait encore de la grâce féminine, des formes séduisantes.
Alors que s’est-il passé ? Pourquoi l’amertume s’est-elle installée dans cet oasis et en a rongé l’innocence ? Que veut dire ce laisser aller d’aujourd’hui, ce désintérêt de la féminité, l’abandon de cet instinct pourtant si fort ? Est-ce seulement l’avarice et la dureté de la vie qui ont effacés la femme ?
Je ne peux pas faire de portrait de ma mère. Je ne peux que poser les questions qui me hantent depuis si longtemps ; les poser dans le vide. Je ne peux qu’écrire ce sentiment de refus qui me blesse ; non pas le refus du fils, asexué, mais le refus de l’homme. Et parfois, je me dis que la clé de l’énigme est peut être caché dans une petite maison du quartier Sacré Cœur où un couple de vieillards se morfond de remords ou d’incompréhension.
Ma vrai mère, celle qui m’émeut, c’est la femme au beau sourire généreux de la photo, ce beau jour d’été dans le parc. C’est la mère dont je ne me rappelle plus, peut être même bien, la mère que je n’ai jamais connu, celle d’avant ma naissance.

mercredi 7 mars 2007

" Les bibliothèques ont bien changé. L'époque des cartes de prêt fixées au dos du livre dans une pochette plastique n'est plus qu'un rêve.Quand j'étais môme, j'adorais regarder les listes de dates marquées au tampon sur les cartes de prêt."

Haruki Murakami, "La fin des temps"

dimanche 4 mars 2007

J’entrouvre mes volets. La lumière du matin caresse paresseusement ma table d’écriture. Il est 8 heure 45. La nature a un air d’adagio de Quatuor de Fauré. Depuis trois jours, il pleut sans arrêt. La terre se gorge, les vieux bidons de ferraille se remplissent la panse. Même le souvenir des quinze jours de sécheresse s’est volatilisé. Aucun témoignage, ainsi est la nature ; tout change, se transforme, aussitôt qu’elle en a décidé ; elle est énorme chrysalide.
La terre est molle, l’herbe encore si jaune il y a quelques jours, arbore fièrement un vert provocant. Toutes les couleurs éclatent entre le brun foncé mouillé de la terre et le gris menaçant des épais nuages
.

samedi 3 mars 2007

"C'est l'évolution. L'évolution est ordinairement difficile et triste. L'évolution dans la joie, c'est impossible."
Haruki Murakami, La fin des temps

vendredi 2 mars 2007

« Nous nous rencontrâmes, de nouveau, le lendemain. Avec cette gêne qu’éprouvent deux compagnons qui, le soir, ont échangé des confidences graves, exaltées et sentimentales, se sont livrées jusqu'à ce fond très intime de leur âme, et qui se retrouvent le matin, dans la clarté quotidienne et sceptique. »
Andrei Makine, « le Testament français »

jeudi 1 mars 2007



La nuit tombe lentement sur la rue.
Il est temps de te lever et te préparer.
Enfile un de ces vêtements provocants et significatifs
Et descends dans la rue.
Elle t’appartient comme tu lui appartiens,
Elle se nourrit du claquement sec de tes pas sur son pavé
Et toi, tu connais chaque recoin de son asphalte,
Chaque défaut, chaque piège.
Oh oui ! Tu la connais bien mieux
Que tous ces hommes qui te passent, absent, sur le corps.
Ce soir tu vaux moins cher car les temps sont durs
Et la concurrence toujours plus grande.
Tu n’es coté qu’à trois cent francs,
Ta peau à force d’être pétrie étant devenue flasque.
Mais ta bouche, à elle seule, vaut encore cinquante francs.
Ces innombrables étreintes aveugles t’ont tout volé ;
Ton désir, tes rêves, ton avenir,
Même l’odeur de ta peau lorsque après chaque passe,
Tu t’inondes de cette infâme eau de toilette
Qui arrive à peine effacer cet insoutenable relent de sueur étrangère
Et puis, quand le petit jour pointe et que les boulevards s’animent,
Epuisée, tu fuis le monde des « bien comme il faut »,
Le monde des masques et des apparences.
Et, avachie sur ton lit d’hôtel pouilleux,
Ces milliers de visages lubriques hantent encore ton sommeil,
Perpétuant le cauchemar de ta vie.

lundi 26 février 2007

" Quand il mourut, j'allai dans ma chambre pour m'asseoir sur mon lit, et je voulus me lever pour écrire, l'aider et lui faire la lecture - puis je me rappelai que je ne pouvais plus rien et je me rassis pesamment, laissant le temps m'aspirer tel l'abîme, me ronger l'âme et m'arracher les yeux, rien de semblable au flot enveloppant du chagrin, rien de visible ni de palpable, rien qui eût un sens, si ce n'est la négation terne de la vie, l'anéantissement de toute signification."

Edmund White, Fanny

dimanche 25 février 2007

Presque sans transition, une profonde tristesse assombrit son visage. " Tant de conflits. Les catholiques et les animistes, les Français et les Haïtiens, les Blancs et les Noirs et au sein de mon peuple africain un tel mépris des mulâtres pour les noirs - et le mépris de chaque nuance plus claire pour pour toutes les teintes plus foncées."

Edmund White, Fanny

mardi 20 février 2007

" Mais il fallait envoyer les noirs hors d'Amérique. Partout aux Etats-Unis, des esclaves affranchis étaient asservis de nouveau. Une nouvelle loi décrétait qu'aucun esclave ne pourrait être libéré à moins que son propriétaire ne le fît partir immédiatement de l'Etat où il vivait. Si le maître désireux de l'émanciper ne fournissait pas des fonds suffisants pour le voyage et les six premiers mois passés en Afrique de l'Ouest, le fonctionnaire local devait louer l'esclave jusqu'au jour où la somme nécessaire à sa réinstallation serait réunie. Bien sûr, de nombreux maîtres, en particulier en Virginie et dans le Maryland, expédièrent leurs esclaves les plus rebelles au Libéria afin de se débarrasser d'eux. Des années après je découvris qu'après une première décennie difficile au Libéria, les anciens esclaves américains commencèrent à dominer la population locale. Les Noirs américains devinrent des colonisateurs, exactement comme les belges au Congo. Tout cet horrible système fut simplement recréé."

Edmund White, "Fanny"

lundi 19 février 2007

Cela pouvait lui arriver n’importe où et à n’importe quel moment. Aux instants les plus calmes et détendus de la journée, comme par périodes de stress intense. Dans les grands espaces de nature ou au milieu de l’amoncellement bétoneux des villes. Sans prévenir, toujours insidieusement.
Ce n’était d’abord que le lointain bourdonnement d’une multitude de voix confuses : plaintes, psalmodies ou gémissements. Peu à peu, les voix gagnaient en masse, en épaisseur mais jamais en force. Cela venait, s’éloignait et revenait en vagues lentes. Le reflux portant parfois avec lui des sons s’unissant presque en mots, mais dont le sens au dernier moment se brouillait. Une unique émotion suintait de cette grouillante fumée sonore : la souffrance.
Ces douleurs ne lui appartenaient pas, il en était sûr. Mais d’où venaient elles alors ? Il avait parfois l’impression d’être en présence d’une forme de mémoire collective, les éternels échos des plaintes de l’humanité, un énorme concentré de toutes les formes de souffrances passées et à venir dont chacun possédait en lui les braises.
Un avant goût de l’enfer. Ou peut être bien l’enfer lui même, encore jeune, mais qui avec le temps pousse, pousse et enfin arrivé à maturité, embrume l’âme à jamais.
Une plainte de plus à fermenter au fond de nos cœurs.

mercredi 14 février 2007

" Dans une société où les ouvriers assidus et les oisifs reçoivent le même salaire, le chaos est imminent"

Edmund White, "Fanny"

mardi 23 janvier 2007

« Drogo s’aperçut à quel point les hommes restent toujours séparés l’un de l’autre, malgré l’affection qu’ils peuvent se porter ; il s’aperçut que, si quelqu’un souffre, sa douleur lui appartient en propre, nul ne peut l’en décharger si légèrement que ce soit ; il s’aperçut que, si quelqu’un souffre, autrui ne souffre pas pour cela, même si son amour est grand et c’est cela qui fait la solitude de la vie. »
Dino Buzzati, « le désert des tartares »

mardi 16 janvier 2007


Rouge camélia éclatant
Sur neige
Qui tarde à venir

lundi 15 janvier 2007

Ce soir, je suis venu m’asseoir dans la lande battue par l’océan pour regarder passer le vent.

dimanche 14 janvier 2007


Dans mon cœur bien des choses…
Qu’elles aillent au gré
Des mouvements du saule
Basho

samedi 13 janvier 2007

L’homme est seul avec ses secrets. Il les hait. Ils sont sa croix qu’il traîne tout le long de sa vie.
La mienne est faite d’acier trempé qui me rentre dans la peau, me ronge les chairs de sa rouille nauséabonde.
Comme j’aurais aimé être libre, délié de ce serment fatal que je me suis infligé à moi même. Je me rappelle ; j’étais si jeune et pensait déjà être si mûr. Là, tout seul dans mon lit, les yeux pleins de mes larmes, rivés sur ce plafond d’un blanc déjà souillé, jurant de toute mon âme ces mots terribles…

vendredi 5 janvier 2007


" Une traversée en bateau est un long pensum qui s'étire entre deux moments de panique: le départ et l'arrivée"


Edmund White, "Fanny"