" Quand il mourut, j'allai dans ma chambre pour m'asseoir sur mon lit, et je voulus me lever pour écrire, l'aider et lui faire la lecture - puis je me rappelai que je ne pouvais plus rien et je me rassis pesamment, laissant le temps m'aspirer tel l'abîme, me ronger l'âme et m'arracher les yeux, rien de semblable au flot enveloppant du chagrin, rien de visible ni de palpable, rien qui eût un sens, si ce n'est la négation terne de la vie, l'anéantissement de toute signification."
Edmund White, Fanny
lundi 26 février 2007
dimanche 25 février 2007
Presque sans transition, une profonde tristesse assombrit son visage. " Tant de conflits. Les catholiques et les animistes, les Français et les Haïtiens, les Blancs et les Noirs et au sein de mon peuple africain un tel mépris des mulâtres pour les noirs - et le mépris de chaque nuance plus claire pour pour toutes les teintes plus foncées."
Edmund White, Fanny
Edmund White, Fanny
mardi 20 février 2007
" Mais il fallait envoyer les noirs hors d'Amérique. Partout aux Etats-Unis, des esclaves affranchis étaient asservis de nouveau. Une nouvelle loi décrétait qu'aucun esclave ne pourrait être libéré à moins que son propriétaire ne le fît partir immédiatement de l'Etat où il vivait. Si le maître désireux de l'émanciper ne fournissait pas des fonds suffisants pour le voyage et les six premiers mois passés en Afrique de l'Ouest, le fonctionnaire local devait louer l'esclave jusqu'au jour où la somme nécessaire à sa réinstallation serait réunie. Bien sûr, de nombreux maîtres, en particulier en Virginie et dans le Maryland, expédièrent leurs esclaves les plus rebelles au Libéria afin de se débarrasser d'eux. Des années après je découvris qu'après une première décennie difficile au Libéria, les anciens esclaves américains commencèrent à dominer la population locale. Les Noirs américains devinrent des colonisateurs, exactement comme les belges au Congo. Tout cet horrible système fut simplement recréé."
Edmund White, "Fanny"
Edmund White, "Fanny"
lundi 19 février 2007
Cela pouvait lui arriver n’importe où et à n’importe quel moment. Aux instants les plus calmes et détendus de la journée, comme par périodes de stress intense. Dans les grands espaces de nature ou au milieu de l’amoncellement bétoneux des villes. Sans prévenir, toujours insidieusement.
Ce n’était d’abord que le lointain bourdonnement d’une multitude de voix confuses : plaintes, psalmodies ou gémissements. Peu à peu, les voix gagnaient en masse, en épaisseur mais jamais en force. Cela venait, s’éloignait et revenait en vagues lentes. Le reflux portant parfois avec lui des sons s’unissant presque en mots, mais dont le sens au dernier moment se brouillait. Une unique émotion suintait de cette grouillante fumée sonore : la souffrance.
Ces douleurs ne lui appartenaient pas, il en était sûr. Mais d’où venaient elles alors ? Il avait parfois l’impression d’être en présence d’une forme de mémoire collective, les éternels échos des plaintes de l’humanité, un énorme concentré de toutes les formes de souffrances passées et à venir dont chacun possédait en lui les braises.
Un avant goût de l’enfer. Ou peut être bien l’enfer lui même, encore jeune, mais qui avec le temps pousse, pousse et enfin arrivé à maturité, embrume l’âme à jamais.
Une plainte de plus à fermenter au fond de nos cœurs.
Ce n’était d’abord que le lointain bourdonnement d’une multitude de voix confuses : plaintes, psalmodies ou gémissements. Peu à peu, les voix gagnaient en masse, en épaisseur mais jamais en force. Cela venait, s’éloignait et revenait en vagues lentes. Le reflux portant parfois avec lui des sons s’unissant presque en mots, mais dont le sens au dernier moment se brouillait. Une unique émotion suintait de cette grouillante fumée sonore : la souffrance.
Ces douleurs ne lui appartenaient pas, il en était sûr. Mais d’où venaient elles alors ? Il avait parfois l’impression d’être en présence d’une forme de mémoire collective, les éternels échos des plaintes de l’humanité, un énorme concentré de toutes les formes de souffrances passées et à venir dont chacun possédait en lui les braises.
Un avant goût de l’enfer. Ou peut être bien l’enfer lui même, encore jeune, mais qui avec le temps pousse, pousse et enfin arrivé à maturité, embrume l’âme à jamais.
Une plainte de plus à fermenter au fond de nos cœurs.
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