"C’est vrai, dit-il à demi voix, comme à lui-même, l’égalité n’existe pas. Une société qu’on baserait sur elle, ne pourrait vivre. Pendant des siècles, on a cru remédier au mal, par la charité. Mais le monde a craqué ; et, aujourd’hui, on propose la justice… La nature est-elle juste ? Je la crois plutôt logique. La logique est peut-être une justice naturelle et supérieure, allant droit à la somme du travail commun, au grand labeur final. »
Emile Zola, « Le docteur Pascal »
mardi 20 mars 2007
dimanche 18 mars 2007
samedi 17 mars 2007
« Il existe en ce monde une détresse qui se passe de larmes.... Cette détresse, incapable de changer de forme, pouvait seulement continuer à s'amonceler tranquillement sur mon coeur comme la neige par une nuit sans vent... Ainsi j'avais fermé la porte à la parole, j'avais fermé la porte de mon propre coeur. Il est une tristesse si profonde qu'elle ne peut pas même prendre la forme des larmes. »
Haruki Murakami, « La fin des temps »
Haruki Murakami, « La fin des temps »
mercredi 14 mars 2007
samedi 10 mars 2007
Ma mère,
Ma mère n’a jamais aimé les hommes ; aujourd’hui, à force d’avoir été contrainte de vivre avec un exemplaire pendant plus de trente ans, elle les hait. Elle ne supporte pas la vue d’un mâle nu, elle trouve cela sale. Le contact masculin la répugne. Et son grand malheur, c’est d’avoir eu… deux fils ! Un mari et deux petits bonhommes qui, jour après jour devenaient hommes.
Quand elle était jeune, elle était belle. Je revois cette photo, au jardin du Thabor, le jour de son mariage, dans sa robe blanche. Elle souriait, oui, elle souriait et ses beaux cheveux bruns et lisses dessinaient gracieusement les contours de son visage. Elle avait encore de la grâce féminine, des formes séduisantes.
Alors que s’est-il passé ? Pourquoi l’amertume s’est-elle installée dans cet oasis et en a rongé l’innocence ? Que veut dire ce laisser aller d’aujourd’hui, ce désintérêt de la féminité, l’abandon de cet instinct pourtant si fort ? Est-ce seulement l’avarice et la dureté de la vie qui ont effacés la femme ?
Je ne peux pas faire de portrait de ma mère. Je ne peux que poser les questions qui me hantent depuis si longtemps ; les poser dans le vide. Je ne peux qu’écrire ce sentiment de refus qui me blesse ; non pas le refus du fils, asexué, mais le refus de l’homme. Et parfois, je me dis que la clé de l’énigme est peut être caché dans une petite maison du quartier Sacré Cœur où un couple de vieillards se morfond de remords ou d’incompréhension.
Ma vrai mère, celle qui m’émeut, c’est la femme au beau sourire généreux de la photo, ce beau jour d’été dans le parc. C’est la mère dont je ne me rappelle plus, peut être même bien, la mère que je n’ai jamais connu, celle d’avant ma naissance.
Ma mère n’a jamais aimé les hommes ; aujourd’hui, à force d’avoir été contrainte de vivre avec un exemplaire pendant plus de trente ans, elle les hait. Elle ne supporte pas la vue d’un mâle nu, elle trouve cela sale. Le contact masculin la répugne. Et son grand malheur, c’est d’avoir eu… deux fils ! Un mari et deux petits bonhommes qui, jour après jour devenaient hommes.
Quand elle était jeune, elle était belle. Je revois cette photo, au jardin du Thabor, le jour de son mariage, dans sa robe blanche. Elle souriait, oui, elle souriait et ses beaux cheveux bruns et lisses dessinaient gracieusement les contours de son visage. Elle avait encore de la grâce féminine, des formes séduisantes.
Alors que s’est-il passé ? Pourquoi l’amertume s’est-elle installée dans cet oasis et en a rongé l’innocence ? Que veut dire ce laisser aller d’aujourd’hui, ce désintérêt de la féminité, l’abandon de cet instinct pourtant si fort ? Est-ce seulement l’avarice et la dureté de la vie qui ont effacés la femme ?
Je ne peux pas faire de portrait de ma mère. Je ne peux que poser les questions qui me hantent depuis si longtemps ; les poser dans le vide. Je ne peux qu’écrire ce sentiment de refus qui me blesse ; non pas le refus du fils, asexué, mais le refus de l’homme. Et parfois, je me dis que la clé de l’énigme est peut être caché dans une petite maison du quartier Sacré Cœur où un couple de vieillards se morfond de remords ou d’incompréhension.
Ma vrai mère, celle qui m’émeut, c’est la femme au beau sourire généreux de la photo, ce beau jour d’été dans le parc. C’est la mère dont je ne me rappelle plus, peut être même bien, la mère que je n’ai jamais connu, celle d’avant ma naissance.
mercredi 7 mars 2007
dimanche 4 mars 2007
J’entrouvre mes volets. La lumière du matin caresse paresseusement ma table d’écriture. Il est 8 heure 45. La nature a un air d’adagio de Quatuor de Fauré. Depuis trois jours, il pleut sans arrêt. La terre se gorge, les vieux bidons de ferraille se remplissent la panse. Même le souvenir des quinze jours de sécheresse s’est volatilisé. Aucun témoignage, ainsi est la nature ; tout change, se transforme, aussitôt qu’elle en a décidé ; elle est énorme chrysalide.
La terre est molle, l’herbe encore si jaune il y a quelques jours, arbore fièrement un vert provocant. Toutes les couleurs éclatent entre le brun foncé mouillé de la terre et le gris menaçant des épais nuages.
La terre est molle, l’herbe encore si jaune il y a quelques jours, arbore fièrement un vert provocant. Toutes les couleurs éclatent entre le brun foncé mouillé de la terre et le gris menaçant des épais nuages.
samedi 3 mars 2007
vendredi 2 mars 2007
« Nous nous rencontrâmes, de nouveau, le lendemain. Avec cette gêne qu’éprouvent deux compagnons qui, le soir, ont échangé des confidences graves, exaltées et sentimentales, se sont livrées jusqu'à ce fond très intime de leur âme, et qui se retrouvent le matin, dans la clarté quotidienne et sceptique. »
Andrei Makine, « le Testament français »
Andrei Makine, « le Testament français »
jeudi 1 mars 2007

La nuit tombe lentement sur la rue.
Il est temps de te lever et te préparer.
Enfile un de ces vêtements provocants et significatifs
Et descends dans la rue.
Elle t’appartient comme tu lui appartiens,
Elle se nourrit du claquement sec de tes pas sur son pavé
Et toi, tu connais chaque recoin de son asphalte,
Chaque défaut, chaque piège.
Oh oui ! Tu la connais bien mieux
Que tous ces hommes qui te passent, absent, sur le corps.
Ce soir tu vaux moins cher car les temps sont durs
Et la concurrence toujours plus grande.
Tu n’es coté qu’à trois cent francs,
Ta peau à force d’être pétrie étant devenue flasque.
Mais ta bouche, à elle seule, vaut encore cinquante francs.
Ces innombrables étreintes aveugles t’ont tout volé ;
Ton désir, tes rêves, ton avenir,
Même l’odeur de ta peau lorsque après chaque passe,
Tu t’inondes de cette infâme eau de toilette
Qui arrive à peine effacer cet insoutenable relent de sueur étrangère
Et puis, quand le petit jour pointe et que les boulevards s’animent,
Epuisée, tu fuis le monde des « bien comme il faut »,
Le monde des masques et des apparences.
Et, avachie sur ton lit d’hôtel pouilleux,
Ces milliers de visages lubriques hantent encore ton sommeil,
Perpétuant le cauchemar de ta vie.
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