
La nuit tombe lentement sur la rue.
Il est temps de te lever et te préparer.
Enfile un de ces vêtements provocants et significatifs
Et descends dans la rue.
Elle t’appartient comme tu lui appartiens,
Elle se nourrit du claquement sec de tes pas sur son pavé
Et toi, tu connais chaque recoin de son asphalte,
Chaque défaut, chaque piège.
Oh oui ! Tu la connais bien mieux
Que tous ces hommes qui te passent, absent, sur le corps.
Ce soir tu vaux moins cher car les temps sont durs
Et la concurrence toujours plus grande.
Tu n’es coté qu’à trois cent francs,
Ta peau à force d’être pétrie étant devenue flasque.
Mais ta bouche, à elle seule, vaut encore cinquante francs.
Ces innombrables étreintes aveugles t’ont tout volé ;
Ton désir, tes rêves, ton avenir,
Même l’odeur de ta peau lorsque après chaque passe,
Tu t’inondes de cette infâme eau de toilette
Qui arrive à peine effacer cet insoutenable relent de sueur étrangère
Et puis, quand le petit jour pointe et que les boulevards s’animent,
Epuisée, tu fuis le monde des « bien comme il faut »,
Le monde des masques et des apparences.
Et, avachie sur ton lit d’hôtel pouilleux,
Ces milliers de visages lubriques hantent encore ton sommeil,
Perpétuant le cauchemar de ta vie.
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