samedi 10 mars 2007

Ma mère,

Ma mère n’a jamais aimé les hommes ; aujourd’hui, à force d’avoir été contrainte de vivre avec un exemplaire pendant plus de trente ans, elle les hait. Elle ne supporte pas la vue d’un mâle nu, elle trouve cela sale. Le contact masculin la répugne. Et son grand malheur, c’est d’avoir eu… deux fils ! Un mari et deux petits bonhommes qui, jour après jour devenaient hommes.
Quand elle était jeune, elle était belle. Je revois cette photo, au jardin du Thabor, le jour de son mariage, dans sa robe blanche. Elle souriait, oui, elle souriait et ses beaux cheveux bruns et lisses dessinaient gracieusement les contours de son visage. Elle avait encore de la grâce féminine, des formes séduisantes.
Alors que s’est-il passé ? Pourquoi l’amertume s’est-elle installée dans cet oasis et en a rongé l’innocence ? Que veut dire ce laisser aller d’aujourd’hui, ce désintérêt de la féminité, l’abandon de cet instinct pourtant si fort ? Est-ce seulement l’avarice et la dureté de la vie qui ont effacés la femme ?
Je ne peux pas faire de portrait de ma mère. Je ne peux que poser les questions qui me hantent depuis si longtemps ; les poser dans le vide. Je ne peux qu’écrire ce sentiment de refus qui me blesse ; non pas le refus du fils, asexué, mais le refus de l’homme. Et parfois, je me dis que la clé de l’énigme est peut être caché dans une petite maison du quartier Sacré Cœur où un couple de vieillards se morfond de remords ou d’incompréhension.
Ma vrai mère, celle qui m’émeut, c’est la femme au beau sourire généreux de la photo, ce beau jour d’été dans le parc. C’est la mère dont je ne me rappelle plus, peut être même bien, la mère que je n’ai jamais connu, celle d’avant ma naissance.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Très beau et criant de vérité! La mère nous amène à de longues réflexions. Ma mère est une mère-courage, qui a aimé ses enfants, s'est battue pour eux, à la mort du père. Ma mère est une femme pleine de désillusion quant aux hommes.
Nos mères, à nous tous, sont celle dont nous resterons le plus proche, quoiqu'on en dise!
Malgré le laisser-aller, malgré leur caractère, elles restent nos mères, celles qu'on aime, malgré tout, on ne peut pas faire autrement!