samedi 21 avril 2007

Ma grand-mère


Ma grand-mère apparaît, dans mes rêves, toujours entourée de ses fuschias aux fleurs violacées et rose-rouge. De grosses grappes de couleurs pendant lourdement comme des seins chargés de lait. Je la revois vêtue d’une robe bleue à l’aspect de blouse qui lui donnait ce petit air gentiment strict. Mais son visage a disparu de mes souvenirs. Elle est morte lorsque j’atteignis mes huit ans. Ce fut ma première confrontation avec la mort. Je ne savais pas exactement ce que cela signifiait, on m’expliqua seulement que je ne la reverrai pas. Je me rappelle aussi le petit autel que j’avais secrètement installé dans un tiroir pour garder ma mamie auprès de moi. Chaque jour, j’ouvrais le tiroir et faisait une prière païenne pour qu’elle ne s’éloigne pas trop.
Je la revois sous la pergola ensoleillée – celle qui nous protégeait des grosses averses lorsque nous jouions dans le jardin-, dans sa cuisine, fouillant dans ses vieux meubles de formica ou reposant ses jambes varicées dans son nouveau fauteuil inclinable, vieux vert. C’était le fauteuil magique, interdit, le fauteuil de mamie !
Je sens à nouveau ce vieux parfum qui inspire respect et réconfort, cette odeur unique dont la maison était imprégnée du garage au grenier. Et puis ma grand-mère était aussi la grand-mère à la bonbonnière rouge en forme de pomme, celle des œufs de pâques cachés dans l’herbe autour du cerisier. Il y avait des jours, rares, où elle nous dévoilait sa fabuleuse boîte à musique. De ses mains fines et ridées, elle ouvrait le couvercle laqué. La musique alors s’enclenchait ; une valse de clochettes qu’une minuscule danseuse en tutu blanc dansait avec des mouvements saccadés. Et moi, fasciné, tous mes petits sens en émoi, je me prenais à rêver à ma grand-mère au temps de sa jeunesse. Et je la voyais dansant comme la petite figurine en petite robe et collant, avec cette grâce un peu hésitante, dans une salle des miroirs où son frêle corps partout se reflétait.

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