samedi 12 mai 2007

La salle était plongée dans le noir, seule la lumière qui éclairait la scène baignait les visages attentifs d’un halo doré. Du piano, le prélude en Do dièse mineur s’échappait avec une violence inhabituelle, les mains du pianiste martelaient avec douleur les accords ouverts sur des gouffres inavoués. Vision d’enfer et de démence. Tristesse intense, poids de la vie dans les mains, sur les touches.
Dans la salle régnait une atmosphère figée, paralysée, un mal être peut être, un peu d’indifférence et d’ennui (tout le temps). Mais parmi les effets de robes et de parfums, un vieil homme était assis seul, vêtu d’un vieux pardessus gris qu’il n’avait pas retiré comme de peur de prendre froid. Il avait un visage marqué par le temps, ridé, abîmé, sali par la souffrance, Ce visage était si en harmonie avec la musique, comme si chaque accord avait gravé dans la peau une ride, une empreinte, une douleur, une tristesse.
Et ces grands yeux bleus, voilés, passés, comme une couleur exposée à une trop forte lumière perd de son intensité, immobiles, fixés sur les mains du pianiste, et bien au-delà perdus dans les harmonies de sa vie que Rachmaninov avait su faire réapparaître quelques instants. Je les vis, ces grands yeux azur se mouiller, prendre vie un instant, luire, vibrer aux sons de la vocalise, je vis une larme couler le long de la joue pâle et soudain s’évanouir par enchantement comme si une main l’avait recueillie délicatement. Alors à ce moment, je compris que le vieil homme n’était pas seul et qu’elle était là, elle aussi, l’âme sœur ; pour lui, éternellement pour lui.

jeudi 10 mai 2007


La Bataille de Berlin - Avril 1945



« Même si vous ne voulez pas m'écouter, poursuivit-il, arrêtez de gémir. Nous devons gagner cette guerre. Nous ne devons pas perdre courage. Si d'autres gagnent la guerre et nous font simplement une fraction de ce que nous avons fait dans les territoires occupés, il ne restera plus un seul Allemand dans quelques semaines. »
Un soldat allemand en 1945,


Le général Kazakov avait fait venir en première ligne son artillerie divisionnaire de rupture et toutes les autres batteries lourdes, équipées d'obusiers de 152 mm et 203 mm. Des messages avaient été peints sur les obus par les artilleurs: « pour le rat Goebbels », « pour les veuves et les orphelins ». Des officiers politiques étaient là pour encourager les servants des pièces à accroître leur cadences de tir. Entre cette matinée et le 2 mai, ils allaient tirer 1 800 000 obus .


Vassili Grossman, qui revenait de Moscou pour rejoindre le 1er front biélorusse, arriva d'abord au quartier général de Joukov, à Landsberg, et constata: « Des enfants jouent aux soldats sur un toit plat. Au moment même où l'impérialisme allemand agonise à Berlin, ces garçons aux franges blondes et aux longues jambes maigres, armés de sabres de bois et de gourdins, bondissent et s'attaquent les uns les autres en criant... C'est éternel. Cela ne pourra jamais être extirpé de la nature humaine. »

mercredi 9 mai 2007



Heidelberg, voici un de mes lieux de pèlerinage. Pourtant, ce lieu m’était encore complètement inconnu il y a quelques années. Je le découvris lors d’une tournée du Requiem de Fauré avec l’orchestre de Meudon. Nous passâmes moins d’une heure dans la ville. Suffisant pour que j’en tombe amoureux. Quelque chose en moi, ce quelque chose qui m’a toujours guidé et qui je l’espère ne m’abandonnera jamais, me dit qu’Heidelberg était lié à ma destinée.
Et mon étoile ne me mentit point et me permit même d’y travailler. Je passais alors de longues fin de semaines à déambuler à travers les « Gasse », les sentiers forestiers ; qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, rien n’arrêtait ce besoin que j’avais de me ressourcer dans le mystère de cette beauté.
Mais là où mon coeur a retrouvé son berceau, c’est là-haut, les jardins du château. Ces jardins d’éternité où même le temps semble se figer de béatitude.
Rien qu’en les évoquant maladroitement sur ce papier, mon âme s’apaise.

dimanche 6 mai 2007

De bon matin, je lis dans le journal les plans que font pour notre siècle
Et le pape et les rois et les banquiers et les grands seigneurs du pétrole.
De l’autre œil je surveille
L’eau pour le thé dans la casserole,
L’eau qui se trouble et se met à chanter, redevient claire
Puis débordant, étouffe le feu.

Bertolt Brecht