mardi 15 janvier 2008



Cela pouvait lui arriver n’importe où et à n’importe quel moment. Aux instants les plus calmes et détendus de la journée, comme par périodes de stress intense. Dans les grands espaces de nature ou au milieu de l’amoncellement bétoneux des villes. Sans prévenir, toujours insidieusement.
Ce n’était d’abord que le lointain bourdonnement d’une multitude de voix confuses : plaintes, psalmodies ou gémissements. Peu à peu, les voix gagnaient en masse, en épaisseur mais jamais en force. Cela venait, s’éloignait et revenait en vagues lentes. Le reflux portant parfois avec lui des sons s’unissant presque en mots, mais dont le sens au dernier moment se brouillait. Une unique émotion suintait de cette grouillante fumée sonore : la souffrance.
Ces douleurs ne lui appartenaient pas, il en était sûr. Mais d’où venaient elles alors ? Il avait parfois l’impression d’être en présence d’une forme de mémoire collective, les éternels échos des plaintes de l’humanité, un énorme concentré de toutes les formes de souffrances passées et à venir dont chacun possédait en lui les braises.
Un avant goût de l’enfer. Ou peut être bien l’enfer lui même, encore jeune, mais qui avec le temps pousse, pousse et enfin arrivé à maturité, embrume l’âme à jamais.
Une plainte de plus à fermenter au fond de nos cœurs.

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